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  •  - Par Anonyme

    Autrefois, avant 1999 - une date de film d'anticipation - j'avais face à moi des étudiants standardisés. Quelques années auparavant, j'étais comme eux. Du papier, des stylos, des notes à prendre. Le support de cours sur un transparent était un luxe relativement inutile. Les tableaux suffisaient bien.
    Mes étudiants prenaient des notes et, parfois (je ne suis pas optimiste), lisaient des livres. Plus de cent pages était un exploit. Mais, jusqu'à cette limite, un étudiant standard pouvait lire.

    Aujourd'hui, la plupart de mes étudiants ont assez de puissance de calcul pour faire péter la planète plusieurs fois. Bien heureusement, ils s'en servent uniquement pour communiquer. En permanence face à moi, l'oeil brille d'un nouveau message sur Facebook™, d'un SMS, d'un Tweet™. La plupart de mes étudiants ne m'écoutent plus. Ils sont ailleurs. Ils ne sont plus là, mais pas non plus vraiment bien loin. C'est la connexion permanente. Lire vingt pages pour eux est un calvaire. Si le résultat des partiels est mauvais - et il l'est de plus en plus, croyez-moi - ils viennent négocier la note. Il paraît que c'est leur génération qui veut ça. Là où j'enseigne, on m'a proposé d'utiliser un Ipad™ pour être en avance sur eux. En fait, on m'a dit que j'étais assez ringard à croire encore au livre, à la lecture, à cette "forme de travail" à l'époque où les étudiants peuvent downloader les contenus complets de la bibliothèque du Sénat à Washington DC.

    Je les regarde et j'en souffre. J'ai face à moi des dizaines d'analphabètes repus, obèses de 0 et de 1, d'une grande superficialité. Que l'on ne compte plus sur eux, croyez-moi.

    Mais le pire dans l'histoire, c'est que tout est de ma faute. J'y ai cru aussi. En 1999 - une belle date de science-fiction - j'ai commencé à leur expliquer internet, son potentiel, son avenir. J'ai même commencé à publier mes élucubrations sur le net, en croyant plus au partage qu'au quart d'heure de gloire...

    Vous m'avez compris, n'est-ce pas ?

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