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  •  - Par Anonyme

    J'étais seul au bureau et j'avais bricolé sur une ligne numeris un accès internet. Mon ordinateur plantait tout le temps. Quand la fenêtre s'animait, j'allais en douce lire Pierre Lazuly sur Menteur.com. Je trouvais ça formidable. Un type sous pseudo nous donnait son avis sur le monde. Je regardais par la fenêtre de mon bureau les bidasses au garde à vous dans la cour de la caserne. J'avais envie moi aussi de donner mon opinion sur mes états d'âme. Vous m'avez bien lu.
    Je découvrais le web indépendant, rezo.net, uzine.net....
    Tout plantait en permanence. J'ai fait des trous à la perceuse pour rapprocher le modem de mon bureau, la fibre optique étant hors de prix. C'était lent, c'était cher. J'avais l'impression d'être un pionnier. Je m'ennuyais dans la vie réelle, et un autre monde s'offrait à moi. J'allais avoir des tas de lecteurs et un quart d'heure de gloire dans Télérama. Jardin secret. De l'intérieur, je n'étais pas peu fier. Dans le réel : rien de nouveau. Un jour, j'ai fermé mon site. Plusieurs années après l'ouverture, les promesses que je m'étais faites n'existaient pas plus que celles de la bulle au même moment : "plop" et plus rien.
    C'est là que j'ai compris une chose : quelques-uns de mes étudiants sont venus me voir, assez timidement, pour me dire de ne pas fermer, de ne pas la fermer, parce qu'ils avaient fait le lien entre mes cours et mon site. Tout se rapprochait, la boucle était bouclée. Il fallait la boucler. Depuis, il y a des outils gigantesques pour faire la même chose sans perceuse, sans ligne numérique. La mise en scène de soi, les amis virtuels. Pour ma part, c'est la solitude, le reflux...