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  •  - Par Julielm

    1999, j'ai 15 ans, j'obtiens pour la première fois ma connexion Internet et c'est partie pour une grande histoire d'amour.

    Premier centre d'intérêt à explorer : les jeux vidéos. J'explore le web français que je trouve, à l'époque, plutôt limité. Mais je tombe par la suite sur les sites (en anglais) du web Américain et, oh joie, il y a des communautés autour de mes jeux préférés. Je me mets à correspondre avec une Américaine, dont j'ai trouvé les coordonnées sur un site, qui m'introduit sur un forum antique (à l'époque, pas de sujets, toutes les interventions sont postées à la suite). Dans les débuts, c'est plutôt laborieux, mon anglais est limité et je me contente de beaucoup parler de fromage (frenchitude oblige). Mais voilà une motivation énorme pour apprendre l'anglais. Mes notes en la matière, plutôt moyennes depuis le début du collège, commencent à augmenter : j'apprends les listes de verbes irréguliers avec délice.
    Par ailleurs je me rends compte que tous ces gens-là dessinent, et que de bien dessiner est une source de prestige certaine. ça tombe bien, j'aime bien dessiner. Je me mets à produire en masse, m'inspirant au fil des années de mes admirations successives. Je créée mon premier site (sur Publisher, idée idiote).

    Notre forum antique finit par être fermé, et un de mes bons amis (qui, il se trouve, tient un des fansites les plus importants sur le jeu vidéo qui nous intéresse) créée son forum (un BB Board). J'y suis dès le premier jour : ce sera ma base arrière sur Internet pendant plusieurs années.
    Le forum dans lequel je suis fédère sa propre communauté : nous vivons des aventures formidables, créant l'événement autour des bonnes idées des uns et des autres (une bonne idée de ma part : je découvre que de créer des smilies, c'est simple, j'en customize plein puis je me mets en tête d'en créer à l'effigie des avatar de mes amis. Succès fou.)
    En discutant de tout, nous en venons aussi à discuter politique : en 2002, lors de la guerre en Irak, je suis française, je suis contre, évidemment ; je me rends compte que la moitié de mes amis américains sont pour. S'ensuivent de longues argumentations. Au fil de ces discussions, je fait une découverte qui change ma vie : je me rends compte que mes amis américains baignent dans un univers médiatique extrêmement différent du mien, et que, compte tenu des informations qu'ils reçoivent, il est logique qu'ils puissent arriver à des conclusions qui me paraissent inconcevables. Je ne change pas d'avis sur la guerre en Irak - mais je regarde avec plus de méfiance depuis les limites de mon univers médiatique et je m'énerve désormais quand on me tient des discours du type "ils sont fous ces américains".
    Nous nous plumons également sur le conflit Israël-Palestine (nous sommes en plein pendant la seconde intifada) et je me fais notamment traiter de nazie par un ami juif américain parce que le proteste contre le couvre-feu imposé dans les territoires. Plus tard, sur AIM, nous réglerons nos différents et négocierons avec succès la paix au Moyen-Orient (j'arrête le terrorisme, il démantèle les colonies).

    Au fil du temps, notre forum devient un peu un repaire de trolls. A un moment, nous sommes attaqués par un faux culte, les "genos", prônant l'uniformité. En fait, il s'agit de représentants des forums SomethingAwful. On s'énerve un peu avant de remonter la piste.
    Sinon, le forum génère ses propres trolls au fur et à mesure que les habitués vieillissent, alors que les nouveaux sont toujours aussi naïfs. Je ne fais pas dans le troll, ce n'est pas mon style (dans la typologie des flamewarriors, je me positionne plutôt entre le "philosophe" et l'"ent") - mais je m'entend bien avec nos trolls. Déjà, il y en a un certain nombre que je connais depuis leur période non-troll. Ensuite, nos trolls s'attaquent généralement aux forumeurs politiquement conservateurs sans imagination : nous sommes donc alliés objectifs (c'est que je n'ai pas arrêté de discuter politique...).

    Mais mon forum arrive quand même en fin de vie, mon intérêt pour les jeux vidéos s'amenuise, et je migre de plus en plus sur les forums de DeviantArt. Il se trouve que j'ai continué à dessiner, et que j'ai donc écumé toutes les galeries en ligne pour mettre mes dessins en ligne. DeviantArt, c'est un aboutissement : on peut tout faire là dessus, commenter les dessins, avoir des amis, faire des favoris... Toutes les attentes auxquelles ne répondaient que partiellement les galeries que j'ai pu fréquenter avant. Je fréquente activement le forum cinéma, le forum livre, et le forum politique. Là aussi, je discute politique avec mes interlocuteurs internationaux. J'arrive à trouver des terrains d'entente avec les néocons américains, mais je finis par laisser choir la discussion avec le nazi belge.
    En 2006, c'est la guerre entre le Liban et Israël. Il se trouve que je suis amie DeviantArt avec deux libanais, qui racontent les bombardements de Beyrouth dans leur journal. Je créée un sujet sur le forum politique pour inviter les DeviantArtists libanais et israéliens à raconter leur version de l'histoire, en me disant que la confrontation peut être intéressante. Une demi-douzaine d'israéliens viennent donner leur version, mais pas de libanais. Plus tard, je lirais un article qui indique que pendant cette guerre, les israéliens ont en masse consulté les blogs des libanais, afin de mieux connaître le situation derrière les lignes. J'ai le sentiment de faire partie de l'Histoire.

    Je dessine de moins en moins, ma vie réelle tend à s'animer (ce qui me laisse moins disponible pour ma vie en ligne) et mes centres d'intérêt changent. Je déserte quelque peu les forums DeviantArt pour aller sur le forums d'IMDb où je peux discuter de façon plus précise mes adorations cinématographiques. Je suranalyse, entre autres, la Ligne Rouge et les Infiltrés. Je découvre aussi le forum Citizen Kane, qui a un fonctionnement très amusant : comme Citizen Kane est cité comme le meilleur film américain par la liste proposée par l'American Film Institute, son forum accueille quotidiennement des messages de grands esprits qui clament haut et fort qu'il l'on vu, et qu'il est surévalué. Du coup, la communauté des habitués s'est adaptée : leur quotidien est de faire des rebuffades inventives puis de court-circuiter le discussion pour discuter des derniers films qu'ils ont vu. Je me mêle à eux et je prends plein de références. Plus tard, nous nous ferons recruter sur un forum de "réfugiés" du forum musique d'IMDb dont le modérateur invite en VIP les gens dont il apprécie les contributions. L'ambiance y est très bonne et très internationale : il y a des américains, des anglais, des néérlandais, des australiens, des israéliens, etc. Je lis ce que racontent mes amies américaines qui se demandent (pour les plus jeunes) si cela vaut vraiment le coup de s'endetter à vie pour faire des études supérieures ou (pour les plus âgées) comment faire pour continuer des études avec la somme de dettes qu'elles ont accumulées et je me dis que le système des études supérieures américain marche sur la tête.

    Depuis, ma vie réelle a décidément pris plus d'ampleur. Je lis toujours des sites américains, mais je vais beaucoup moins sur les forums.

    Bilan de ces années ? Je lis et j'écris désormais en anglais couramment (pour le parler, c'est plus compliqué), mes capacités en dessin ont augmenté, mes capacités en argumentation se sont très fortement blindées, ce qui m'a servi à beaucoup de reprises par la suite. J'ai le sentiment que grâce à mes débats sans fins avec mes américains, je sais mieux ouvrir le débat et donner leur chance à des idées contradictoires, sans préjuger de leur intérêt - et j'ai le sentiment que c'est important. Je pense que ma vision du monde est plus nuancée que si j'avais évolué sans cela. Et puis j'ai gardé de cela une notion assez intuitive de la façon dont peuvent fonctionner les forums et les communautés, qui me sert, en fait, dans ma vie professionnelle. Quand je lis l'Encyclopedia Dramatica, je trouve des tas de forums, d'éléments ou de gens que j'ai pu côtoyer en vrai. Et ça, c'est cool.

  •  - Par Anonyme

    J'ai écrit il y a quelques temps un article décrivant la façon dont toute une génération (dont je fais partie) a grandi en faisant l'expérience des forums et des communautés en ligne, et de leurs modes de fonctionnement, et se reconnaît, du coup, dans les pratiques des Anonymous.
    Comme c'est proche du sujet de la collecte, je me permets (immodestement) de le partager.

  • Mon premier souvenir, un peu avant l'internet c'est le cube marron du minitel, l'affichage à gros pixel ligne après ligne. Mon frère y avait consulté ses résultats du bac, ça devait être en 96. J'avais 8 ans. Je passais à cette époque mes après midi à jouer à la Super Nes avec mon voisin de quartier et j'étais trop jeune pour m’intéresser au début du réseau dans les années qui ont suivi.
    C'est en 2001 ou 2002 que nous avons reçu la première ligne "illimitée", l'ADSL et c'est à ce moment que j'ai commencé à utiliser internet tout les jours. Je tchattais le soir avec mes camarades de classe sur caramail ou wanadoo et j'empruntais des pseudo ridicules mais assez commun à l'époque comme bogossdu68. Plus tard c'était art.de.la.joie puis Philou. L'écran (et l'anonymat) nous protégeait du ridicule. On parlait de tout et de rien, pendant des heures. Les amitiés qui se nouaient n'était pas les mêmes que dans la cour de récré et on préférait parfois rester secret.
    Je téléchargeais aussi, surtout des jeux au début. Je me souviens de l'interface de napster mais c'est à vers 16 ans , au lycée, que je laissais tourner la mule toute la nuit pour remplir mon premier iPod de trouvailles.
    Un soir avec un ami d'enfance nous avions lu que les jeux dreamcast pouvaient se télécharger et se graver et nous avions décidé d'essayer. C'est sans doute la un de mes meilleurs souvenirs liés à l'internet, cette nuit blanche à essayer de graver des dizaines de CD selon différentes techniques glanées sur des forums en anglais dont nous ne comprenions qu'un mot sur deux et l'attente frustrée à chaque fois que nous insérions le CD dans la console pour savoir si le jeux se lancerait.
    C'est ce goût de l'expérimentation, des dix ratés pour un succès que j'aime le plus dans l'internet. Dans les années qui ont suivi je formatais le pc tout les 6 mois parce que j'avais fini par faire une bêtise, parce que j'aimais repartir de zéro et prendre un autre chemin.
    Aujourd'hui j'utilise des distributions Linux et ce plaisir ne m'a jamais lassé. Je code à un niveau basique pour mon épanouissement.
    L'informatique et la bidouille (le hack?) sont à mon enfance ce que la mécanique était à celle de mon grand-père.

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