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  • Les pedo-nazis sont devenus des dealers-truands...

  •  - Par Anonyme

    US Robotics Sportster 14400. C’était mon premier modem, le truc qui couinait en se connectant sur la ligne de téléphone. 1995. Merci à Stéphane Bortzmeyer, administrateur système du CNAM à l’époque, qui me fila, sur un coin de table, ma première adresse internet, @cnam.fr. Ça fait ancien combattant. Ben oui. Mon histoire de l’internet — avec un article, et en bas de casse, SVP! — commence comme ça. Mon métier, journaliste.

    C’est dire que j’ai passé pas mal de temps, et j’en passe encore aujourd’hui, à me battre contre les courants médiatiques qui diabolisent, ou encensent, le « réseau des réseaux », comme on disait à l’époque. Je me reconnais donc assez dans le portrait de cette « contre-histoire ». J’ai croisé la plupart des intervenants. Même si je n’approuve pas l’artifice du titre, qui laisse à penser que, désormais, c’est cette vision-là qui ferait figure d’étalon historique, d’année zéro de « ce qu’il faut savoir de l’internet ». Pourtant j’ai retrouvé dans ces portraits croisés pas mal de naïveté, des non-dits pudiques, et somme toute une sorte de sacralisation un peu gênante.

    En 1995, j’avais déjà sous le coude des tas d’infos que les médias tradis ne publiaient pas sur ce « phénomène cyber » des « autoroutes de l’information » (autre pensum ultra-utilisé à l’époque). C’était donc pour moi à la fois un « filon » journalistique qu’un exutoire. Au moment où David Dufresne lançait La Rafale <http://www.davduf.net/La-Rafale-1995-Novembre-2005-Dix> et un peu avant Arno* et son uZine <http://www.uzine.net/> (ancêtre de Rezo.net), de mon côté je recyclais mes infos dans un canard intemporel, le Bulletin lambda, qui débuta aux alentours du mois d’octobre 1995 (archives exhumées ici : http://lambda.toile-libre.org/bulletin). Ça dura environ 10 ans, je sortais chaque bulletin quand j’avais le temps, en deux langues (dans un anglais plus qu’approximatif!), avec entre cinq et une douzaine de numéros par an. Ça tournait déjà autour des questions de libertés publiques. Je balançais mes infos dans les newsgroups et par e-mail à quelques aficionados. Le web, c’était l’antique — le premier navigateur, Mosaic, ancêtre de Netscape puis de Mozilla, était encore un prototype. A l’époque il n’y avait pas d’hébergeurs indépendants (avant Mygale et Multimania). C’est une petite association de bidouilleurs du logiciel libre, Freenix, qui m’a offert mon premier asile sur son serveur (merci les gars).

    Bref, très vite il y eu les premières affaires scabreuses qui firent la Une de la presse, de l'AFP à France Soir ou Envoyé Spécial, le tryptique « pirate-pédo-nazi », les plaintes en justice contre les « sites pédophiles », affaires Alter-C ou Francenet, le Decency Act aux USA, l’amendement Fillon qui cherchait déjà à faire de la censure privée, Napster (premier logiciel de P2P), les premières restrictions à l’usage libre de la cryptographie — bref, tout ce dont il est question dans le docu d’Arte...

    Le goût amer qui me reste au fond de la gorge, c’est que j’ai le sentiment qu’on continue à gesticuler, qu’on répète en boucle des évidences aux accents libertaires, et qu’il semble y avoir encore un non-dit faramineux qui subsiste, à savoir que la marchandisation du monde, l’exploitation de l’autre, n’ont cessé de se servir de l’internet pour gagner en puissance, sans bien sûr que l’internet, en tant que machin, gros tuyau, n’en soit intrinsèquement responsable — mais qui en devient immanquablement une des armes les plus fatales.

    La neutralité du Net, oui, c’est important et primordial, mais un internet /neutre/a plus de chances de se faire bouffer et phagocyter par les classes économiques dominantes que par de joyeux groupuscules aux idées altruistes. Une petite vidéo diffusée en boucle en marge du docu se fout de la gueule de George « W » qui a parlé « des internets », avec un « S ». Bien sûr que ce gros blaireau n’a rien compris. Pas la peine de prendre ce révélateur pour savoir que ce type est une catastrophe. Mais son lapsus est révélateur: il y a plusieurs « internets ». La neutralité, c’est presque terminé. Les données ne circulent pas avec la même « priorité ». Et ça va s’empirer. Tu payes, tu passes en premier. T’es actionnaire, tu choisis. T’es utilisateur, tu subis. C’est une caricature, oui bien sûr. Mais 95% de la population en sera victime. Quelques uns y échappent, tant mieux pour eux — comme la plupart des intervenants de ce documentaire. Facebook a aidé les « révolutions arabes »? Quelles « révolutions »? Qui dirige la Tunisie, l’Egypte? Et l’après Bachar aura-t-il un visage différent? Exxon ou Total? Danone ou Kraft Food?

    On nous matraque avec la crainte, le « spectre » de Big Brother depuis les débuts de l’internet (et j’y ai participé à ce matraquage, salvateur sous certains aspects, c’est ce qui m’a poussé à m’investir dans les Big Brother Awards). Mais on accepte. On acquiesse. Tout est fait pour nous culpabiliser de refuser cet auto-contrôle permanent. Le patron du Parti pirate suédois en a conscience, plus que beaucoup d’entre nous. Mais il exhibe son smartphone genre « ben j’ai pas le choix ». Combien de personnes peuvent réellement échapper à leur propre déchéance en utilisant ces outils mortifères (j’ai pas dit /meurtriers/)? Quelle est cette nouvelle élite qui sait se protéger des intrusions malveillantes avec Tor, GPG, ou d’autres parefeux techniques, mais qui ont lentement, insidieusement, accepté à ne plus remettre en question la surveillance globale dont seront victimes des centaines de millions de gogos connectés?

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    Jet Lambda, Reflets.info

  • Jean Guisnel, auteur de l'un des tous premiers livres sur Internet, "Guerre dans le cyberespace", révèle qu'en 1995, France Telecom avait comme objectif... d'interdire l'Internet. En France. Texto.

  •  - Par Anonyme

    J'ai *vraiment* découvert Internet tard, autours de mes 17 ans, alors que les grandes bases étaient déjà posées. Jusque là, j'avais une vie IRL remplie et seine. Plus les années ont passé, plus j'ai réalisé combien je détestais ma vie IRL. Dans le monde physique, nous ne sommes qu'une seule personne : tout ce que nous disons et faisons nous suivra jusque dans notre tombe. Dès lors, nous passons notre temps à censurer nos propres actes, jusqu'à nos propres pensées. Nous nous soumettons tout entier aux conditions arbitraires du succès de notre destin.
    Internet peut être un espace en marge de notre destin. Nous pouvons nous y défaire de notre individu et ne plus exister qu'au travers de nos idées, nues et libérées.

    Je n'aime pas ma vie IRL car tout y repose sur ma personne, et qu'aucune personne ne vaut la peine qu'on s'y attarde. J'aime et suis prêt à mourir pour cette partie anonyme d'Internet, où tout repose sur les idées, car les idées sont des choses formidables une fois libérées de l'emprise de ceux qui les formulent. Et je continuerai à déployer toute la violence qu'Internet m'a appris à mobiliser contre tous ceux qui essaieront de faire d'Internet un espace dédié aux individus plutôt qu'aux idées, contre tout ceux qui parleront en leur nom propre, qui parleront de leur identité, pour leur propre bien et celui de l'humanité.

    C'est la Voie du Troll, et c'est la voie que j'ai choisie, Intelunetu-sensei !!
    Vivent les nazis, vivent les partouzes en école maternelle. Libérez-vous de votre morale et faites fleurir votre âme.

  • J'ai rencontré ma première petite amie ainsi que l'un de mes meilleurs amis et plein d'autres sur internet, en 2000-2001, j'avais 15-16 ans. Nous étions tous sur IRC, il y avait des centaines et des milliers de personnes connectés sur une multitude de canaux de discutions dans différents réseaux et avoir un pseudo (nickname) était la norme.

    IRC existe toujours, bien sûr, mais avec l'apparition de MSN et ensuite Facebook j'ai vu tout un univers se vider de son peuple. Un univers entièrement constitué de textes et de liens url, sans photo ni "profil", mais néanmoins un univers riche et passionnant, avec ses propres mœurs et codes sociaux.
    ASV ? (age/sexe/ville) que l'on venait parfois me demander en privé, à cela je répondais 15/h/Bruxelles ou 36/f/Anvers selon la personne et mes envies. A force des rencontres j'ai très vite compris que le cliché du "geek boutonneux à lunettes en cul de bouteille" était complétement faux et injustifié. Il y avait (et il y a toujours) de tout sur internet, comme dans le "réel" ou devrais-je dire "l'autre réel" ;c)

    Paradoxalement avec Facebook, qui nous donne d'avance un certain nombre d'information (age, ville, goût et couleur,...), j'ai l'impression qu'il y est beaucoup plus difficile de rencontrer de nouvelles personnes. L’anonymat sur IRC poussait à la curiosité et à la discutions, sans préjugé ni pré-sélection. De plus, il n'y avait pas la peur du "pédo-nazi", en tout cas pas autant qu'actuellement. Évidement nous étions parfois méfiant envers certains. Mais sans être trop naïf et avec un minimum de prévention il était facile d'éviter de tomber dans un mauvais plan. Je me souviens par exemple avoir, par sécurité et à la demande de nos parents, accompagné ma petite sœur à des premiers rendez-vous avec des personnes rencontrés sur IRC. J'avais moi-même déjà eu quelques rendez-vous et au final nous n'avons jamais eu de coups foireux, bien au contraire.

    Enfin bref c'est sur IRC #bruxelles et #21! du réseau Undernet que j'ai rencontré de vrais amis qui ont changé ma vie à jamais. Si vous lisez ces lignes, chers Paranoid, YaX, Lily, Nicotine, IciBlaBla, Champi, Gaston, Bis0unours, Pintje, Daïkini, Delichoc, etc: je vous salue ! A bientôt autour d'un verre ?

  •  - Par Anonyme

    J'ai découvert internet en 1999 à l'âge de 8 ans avec l'ISDN. Quelques années plus tard, lorsque je pouvais surfer librement (vers 12-13 ans, avec l'arrivée de l'ADSL à la maison) mes parents prévenaient souvent ma grande soeur et moi : "Attention, il y a de tout et n'importe quoi sur internet, ne parlez pas à n'importe qui, ne donnez pas votre adresse, etc". Ils avaient peur des "pédo-nazis" comme on dit. Pour nous c'était insensé, bien sûr qu'on allait pas parler à n'importe qui et encore moins donner des informations personnelles ! Internet, c'est comme la vraie vie non ?!

    Un vrai décalage de perception entre les générations !

  • Comment parlera-t-on des internets en 2068 ? Ce teaser pour un faux documentaire signé "The Poke" (www.thepoke.co.uk) propose une réponse décalée et plutôt drôle à partir de toutes les craintes qu'inspire le réseau aujourd'hui.

  •  - Par matiu

    Dans la lignée de la contribution de Arnaud sur la Demo Scene (à lire ici, c'est brillant : http://lesinternets.arte.tv/contribution/132/ )
    (et pour ceux qui ont un doute sur ce que ça veut dire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Scene_demo)

    Je voulais partager deux choses :
    - D'abord un lien des plus jouissif : un site genre "best off" avec quelques unes des plus belles Demo de l'époque, refaites en html5 (ça c'est un détail pour exciter un peu les barbus )
    - Accessoirement, un petit témoignage perso : j'avais dans les 14 ans à l'époque, et si je ne suis pas devenu un codeur fou, j'ai par contre bien retenu la leçon de la chose :
    On peut tout à fait modifier quelque chose d'existant, y ajouter sa marque. Et surtout, on peut le faire en dehors des cadres, en dehors des règles établies. Quand tu as envie de faire quelque chose, fais le, mais fais le toi même.
    Pour moi les démos ça a été la première grande leçon de DIY, bien avant de découvrir la musique indé.

  •  - Par Anonyme

    en 1 url:
    goat.cx

  • Bon j'ai pas connu ces temps immémoriaux ou Internet était vu comme le QG des pedonazis en puissance, par contre je traîne régulièrement sur 4chan. En fait sous couvert d'anonymat les gens disent tout et n'importe quoi, parce que si tu n'as pas a subir la conséquence de tes propos/actes alors tout est permis. J'ai vu des topics loli/pedos tendance viole, du gore, des anonymes tellement racistes/homophobes/antisémites/mysogynes qu'Hitler serait jaloux. J'ai vu des raisonnements et des discours que je ne pensais pas pouvoir être tenus par des êtres humains normalement constitues. En fait 4chan c'est un gigantesque bac a sable. Un topic dure maximum quelques heures, donc tu sais que pour une fois, l'internet ne se "souviendra" pas. Je pense que c'est un outil sociologique fantastique. Je pense aussi que le concept d'anonymat pousse le 1er mec lambda a dire de la merde, et comme tout le monde est dans cet esprit du troll permanent, baa ça donne lieu a une des communautés les plus surréalistes et incomprise des internets. Je pense que l'esprit de la provoque et de la surenchère permanente y est pour beaucoup. Parce que ces gens sont majoritairement des mecs blancs de 15/35 ans anglophones des classes moyennes, un peu désabusés surement, mais dont rien ne les differentie du reste de la population. Je sais garder un regard critique et distant donc je ne prend pas part dans ces topics extrêmes que j'ai évoqués (qui restent minoritaires hein). Pourquoi j'y traine toujours? L'inexistance de la notion de "politiquement correct" permet aux anonymes de rire sur tout, de tout, et d'eux meme en premier lieu : on s'appelle "faggot" et l'image d'une gros geek boutoneux est associée au 4chaneur moyen. Ces gens sont tres tres droles. Je ne pense pas que vous recherchez ce genre de temoignage mais je voulais apporter une petite contribution a ce projet, bonne chance et restez loin des cliches, je vous fait confiance.

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